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L'Expédition / Amerique Centrale / Cuba / 'Portrait de la famille Potin'
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La famille de Felix Potin, des cubains bien ‘castroisés’
Laurent
Rencontre de Felix et Introduction

Felix travaille dans un bureau de la Poste cubaine, dans le centre de la petite ville de Matanzas située à environ 80 kms à l’est de La Havane.

Depuis son bureau, il nous voit marcher chargés de nos lourds sacs à dos, nous interpelle et nous demande si on cherche une chambre chez l’habitant (casa particular). Le deal ne se fera finalement pas, puisque Felix ne peut pas nous y accompagner avant 2 heures. Fatigués d’une journée d’auto-stop de 12 heures bien galère, on ne peut pas attendre et on s’en va.

Le destin fera qu’on rencontrera Felix de nouveau quelques heures plus tard, par hasard, encore devant son bureau de poste. On en profite pour lui demander des bons plans pour manger sur la ville. Il nous en indique un, insiste pour nous accompagner et s’invite à manger avec nous. Très vite Felix nous parle comme si nous étions déjà des supers amis. Après nous avoir proposé d’aller à la plage le lendemain et de nous accompagner dans notre voyage à travers Cuba, il nous invite à manger chez lui, avec sa famille, le lendemain soir. On décline poliment les deux premières propositions, mais on accepte la troisième…

C’est pendant cette soirée que nous apprendrons tout sur la famille Potin.

Dans ce multi-portrait familial, je présenterai les personnages que nous avons rencontrés un par un, chacun ayant ses particularités propres mais aussi liées à l’histoire cubaine et aux mœurs de sa société communiste. Le portrait de la famille Potin (qui s’appelle en fait Fernandez) pourrait être un portrait type de la famille cubaine d’aujourd’hui.



CHAPITRES :-
  
De gauche à droite: Vicoto, Laurent, Delphine, Asumpcion et Felix.
Rencontres
Que ce soit sur la route, chez eux ou dans les auberges de backpackers, nous rencontrons pendant notre voyage beaucoup de personnes aux profils atypiques et captivants. Des guides, des voyageurs, les habitants des endroits que nous traversons, beaucoup ont des parcours interressants que nous aimerions vous faire découvrir. Ces personnes nous ont marqués et ont marqué notre voyage.

Nous leur dédions cette section - Portraits. 
Décor et ambiance de la soirée

Nous sommes chez les parents de Felix, dans une vieille maison située dans un quartier populaire de Matanzas. D’abord dans le salon, puis temporairement dans la cuisine, nous sommes assis sur les fameux rocking chairs (chaises à bascule) que tous les cubains possèdent (y a- t-il plus de rocking chairs que de cubains à Cuba ?). La mienne dont le fond est fait de paille déchirée est d’ailleurs assez inconfortable.

Sur fond sonore (et visuel), un DVD de salsa porto ricaine réglé presque au maximum de son volume.
Sur les murs, deux tapisseries assez kitch pour ne pas dire pas belles. Une représente une tête de cheval, et l’autre deux tigres couchés. Sur un petit meuble, des petites porcelaines encore plus kitch. Autour de la table basse, toute la famille Potin, Delphine et Laurent. Sous la table, des dizaines de puces qui nous grimpent aux jambes pour nous sucer le sang.

Et, surtout, entre nos mains, un petit punch fait maison.

Nous parlons espagnol. La belle sœur de Felix (qui arrive une demi-heure plus tard que nous) nous demande si on parle anglais. Elle commence une phrase, puis voyant qu’elle n’y arrive pas, re transfère en espagnol. Bel effort. Le reste de la soirée, nous parlons donc espagnol.
La mère de Felix – Asunción – militante communiste

Asunción nous parait être la chef de famille. Elle a une forte personnalité et nous entretiendra pour bien plus d’une heure avant de disparaitre dans la cuisine. Elle est prof d’espagnol, a 70 ans, est toujours en activité. Militante du Parti Communiste Cubain (PCC) depuis plus de 40 ans, elle connait la politique intérieure de son pays sur le bout des doigts et a pu répondre à toutes nos questions sur le régime castriste.

Après nous avoir vanté tous les bienfaits du modèle communiste, elle nous raconte comment en 1960, un an après la révolution et la prise du pouvoir par Fidel Castro, elle allait trois fois par semaine à cheval dans la campagne pour apprendre aux paysans à lire et à écrire. Asunción faisait en effet partie des milliers d’enseignants qui en l’espace de quelques années ont relevé le taux d’alphabétisation des cubains à 100% !

Comme d’autres cubains nous l’ont dit, elle nous affirme avec conviction que malgré la pauvreté des gens, la population cubaine est riche. Riche d'intellect, riche de savoirs et riche d’humanité. Elle nous rappelle les valeurs du partage et de l’entraide, de la nécessité du rationnement qui garantie un partage égal des aliments pour tous.
Quand on lui demande son salaire (800 pesos soit 35€ mensuels), elle grince un peu des dents, mais ses convictions politiques prenant le dessus, elle nous fait comprendre que c’est assez pour vivre. Que de toute façon, le gouvernement est là, toujours prêt à aider et prendre les mesures nécessaires pour le bien de son peuple. Récemment, il parait que TOUS les ménages cubains ont reçu gratuitement un frigo et une cuisinière !

Bref, Asunción nous parle de la politique de son pays comme un système égal et presque parfait. Que même si il faut lutter, la lutte se fait ensemble. La lutte ne lui fait d’ailleurs pas peur, puisqu’elle mène toujours à la victoire (un des dictons phares du Che : ‘Hasta la victoria siempre’ -> ‘jusqu'à la victoire, toujours’) …
On remarque que malgré son haut niveau de connaissances, sa poigne de femme forte et sa grande assurance, Asunción a des savoirs qui se limitent à ce que j’appelle la bulle cubaine. Elle ne sait finalement que ce qu’on a voulu lui apprendre, que ce que Fidel, à travers ses campagnes et les medias, a voulu lui enseigner. Quand on lui parle de la France, de l’Afrique ou du Brésil, elle a l’air de s’étonner de toutes nos histoires et de toutes les différentes cultures que nous avons rencontrées. Bien qu’elle sait qu’elle ne voyagera jamais (elle n’a pas le droit), elle est intriguée et nous demande : ‘mais pourquoi serait il bien que je voyage ? Qu’est ce que je pourrais apprendre ? Ou pourrais- je aller ? ’. Comme si elle ne s’était jamais posé la question et réalisait soudainement que Cuba n'était qu'une petite île sur la planète entière et qu’il existait autour d’elle plus de milles autres peuples très différents à découvrir… Cette idée l’a quelque peu déstabilisée et a conforté notre idée que les cubains vivent dans une grosse bulle bien imperméable. Pour plus de détails à ce sujet, voir notre article ‘ Le régime communiste de Castro, une dictature ? ’.

A part parler de la politique, Asunción sait aussi bien cuisiner et nous a régalés avec un bon petit plat créole. Riz, haricots verts, haricots noirs (frijoles), viande et bananes frites. Le tout accompagné par un petit jus de goyave (amené par nos soins).
Le père – Vicoto – l’homme qui a connu les Soviets

Contrairement à la majorité des cubains, Vicoto a déjà voyagé. Et conformément aux lois castristes, ce n’était pas pour le loisir, mais pour des raisons professionnelles.

Vicoto dans les années 70 est allé passer 3 mois chez les camarades de l’Union Soviétique, les nouveaux alliés de Cuba après la révolution et en pleine période de guerre froide. Il a participé au bon déroulement de nouveaux partenariats commerciaux, et aussi de formations techniques et d’échanges de savoir. Asunción nous montre très fière des photos de son mari, représenté debout au milieu de russes portant la toque (il faisait -15°C !). Une de ces photos a été officiellement éditée dans un petit livret illustrant les bons rapports des nouveaux amis communistes.  On peut aussi y voir le Che ou Fidel en visite officielle dans l‘Union, ou une ballerine russe dansant dans un théâtre à Cuba.
Asunción nous montre aussi un diplôme signé Fidel Castro, délivrant à Vicoto les honneurs pour bonne conduite dans sa milice révolutionnaire armée. Vicoto a bel et bien été au cœur de l’histoire politique de Cuba  et semble être un de ses fidèles serviteurs!!


Vicoto a un caractère beaucoup plus doux et relâché que sa femme. Il a 77 ans et a une vie bien chargée derrière lui. Même si il est partisan du PCC, il a un tempérament moins engagé et à l’air de se la couler plus douce. Pendant que sa femme nous parlait de lui, il passera d’ailleurs la première heure dans la cuisine à faire du punch.
Le frère  le soldat reconverti serveur au restaurant

Habillé en treillis et veste militaire de camouflage, on aurait dit un soldat tout juste sorti d’un tank en Côte d’Ivoire. Sauf qu’à la place d’avoir une allure ferme et déterminée, la sueur au front, il était complètement relâché et gardait un grand sourire constant sur son visage, limite un peu béat. Il est assis à côté de Vicoto son père, et lui caresse gentiment l’épaule tandis que ce dernier lui pose la main sur sa cuisse en le tapotant légèrement. Dur de l’imaginer il y a 20 ans quand il a été envoyé pendant 3 ans à faire la guerre en Angola… Cette histoire racontée, nous nous posons d’autres questions : Mais comment Cuba peut il financer l’envoi de 20 000 (!) de ses  hommes à l’étranger quand son peuple souffre d’une économie difficile et pratique le rationnement ?? Réponse : malgré son accession au pouvoir en 1959, Fidel Castro est toujours resté révolutionnaire dans l’âme et solidaire de tous les autres mouvements révolutionnaires luttant contre toute forme d'’imperialisme : Algérie, Vietnam, Afrique du Sud, Congo …

On a encore du mal à comprendre pourquoi le frère de Felix travaille dans un restaurant. Est-ce un second boulot, ou son boulot principal et il aime porter ses habits d’ancien soldat ? Nous ne saurons surement jamais !

Nous avons aussi pas mal discuté avec sa femme, la belle sœur de Felix. La seule blanche de la famille, elle se porte bien et se présente comme une femme forte et connaisseuse. Après sa déroute en anglais (cf. section ‘décor et ambiance de la soirée’), elle se replante en nous assurant que la France est à côté du Brésil. Je vous en ai assez dit du personnage. Je vous laisse juger.
Felix - notre personnage principal

J’ai décidé de présenter Felix plus en détail à la fin de ce multi-portrait, car c’est avec lui que nous avons clos cette soirée et que nous avons passé les derniers instants le lendemain qui conduiront à la chute et à la morale de cette histoire.


Felix, qui a aujourd’hui 44 ans, a été victime il y a 5 ans d’un grave accident survenu quand il travaillait en tant que manutentionnaire au port de Matanzas. Après 2 ans et demi de convalescence, le gouvernement cubain lui a proposé trois reconversions possibles dans des activités toutes différentes : il a choisi la Poste.
Il nous a d'ailleurs amenés deux fois dans son bureau pour nous montrer son lieu de travail. Description du lieu (qu'il partage avec une femme) : 2 bureaux, un ordinateur, un frigo, deux télévisions, et un lit simple. Manquait plus que le canapé !  L'administration cubaine est connue pour être longue et pénible. On comprend maintenant pourquoi.

Dans notre relation avec Felix, nous avons toujours fait preuve de générosité réciproque. Nous nous achetions mutuellement des aliments et partagions quelques repas et rafraichissements. Felix avait l'air d'être très heureux de partager du temps avec nous, tout comme nous le trouvions sympathique et étions pressés de découvrir de près la vie d'une famille cubaine. Jusque là tout allait bien.

Soudainement, en l'espace de quelques minutes, toute l'authenticité de l'échange culturel et la chaleur humaine que nous avions jusque la partagée se sont envolées en quelques instants pour faire place à la déception.
Morale de l'histoire et enseignement

A l’heure ou j’écris ces mots (24 heures après), même si j’ai relativisé sur notre expérience avec la famille cubaine Potin - Fernandez, je l’ai encore un peu en travers de la gorge (d’où ce ton un peu ironique dans le portrait).

Cependant, je retire de cette expérience une leçon, ou plutôt un apprentissage. Un apprentissage qui avait déjà commencé, et qui se poursuit tout au long de notre voyage.

Les populations que nous rencontrons et dans lesquelles nous nous immergeons sont toutes différentes. Influencées par l’histoire et la politique de leur pays, leurs ethnies et/ou leur religion, ils se comportent conformément à leurs habitudes et traditions. Certaines nous paraitront familières, d’autres moins et parfois étranges ou irréelles. Etranges, car trop différentes de notre éducation pour que nous les comprenions vraiment. En résulte de ce décalage de repères une difficulté de communication.

Les différences se traduisent aussi de manière plus singulière dans le comportement des gens, et se complexifient quand on prend aussi en compte les soi disant positions sociales relatives et les intérêts de chacun. Je ne rentrerai pas trop dans le détail pour ne pas m’y perdre, mais l’exemple de Felix et sa famille pourrait bien illustrer mes pensées.

Delphine et moi, en voyage et curieux de rencontrer des peuples de culture différentes, nous attendons de Felix et sa famille qu’ils nous fassent partager quelques instants de leur vie et nous l’expliquent. Nous ne recherchons pas leur gentillesse ou leur générosité matérielle.
Felix et sa famille, quant à eux, pourraient être eux aussi curieux de rencontrer des étrangers, mais de par leur culture et position sociale, peuvent aussi voir en nous des gens riches susceptibles d’augmenter leur confort ou de réduire leur pauvreté. C’est de ce fait que la relation est ambiguë, puisque de notre côté nous ne savons jamais quelle est la part d’intérêt matériel chez nos ‘nouveaux amis’…

On a toujours envie de croire que des échanges interculturels désintéressés existent et qu’ils s’alimenteraient seulement des valeurs humaines fondamentales, comme l’amitié, le partage ou la générosité sans demande de réciprocité. L’expérience nous a malheureusement montré que les échanges interculturels désintéressés sont rares quand il existe entre les groupes de grandes différences culturelles et de richesse.

En passant du temps avec Felix, en le voyant tout penaud, souriant et sympathique, inoffensif, naïf, je me dis que ses intentions sont saines et purement amicales. Quand il nous emmène dans une cafétéria ou chez un ami qui vend des jus de fruits, je me dis qu'il le fait sans préméditer de nous laisser payer et de se boire des coups gratuits. Mais après l'histoire des sandales en fin de soirée chez ses parents, le doute apparait naturellement et chaque nouvelle situation devient de plus en plus ambiguë. La relation n’est plus naturelle et perd de son charme. Quel dommage!!


Delphine, qui a ses principes et qui s’est sentie déçue puis vexée, en veut à Felix pour s’être comporté de manière abusive. Elle ne retiendra de la relation d’ailleurs qu’un sentiment négatif.  La fin de l’histoire noircissant le tableau tout entier.

Pour ma part, je laisse à Felix le bénéfice du doute, et je me dis que finalement, peut être, Felix n’a pas voulu seulement abuser de nous mais aussi partager du temps avec nous, nous aider et nous faire plaisir en nous invitant chez lui. Felix, tout comme ses parents, sont de nature décontractée et sympathique, et qui en tant que bons citoyens communistes ont aussi le sens de l’aide et du partage. Peut être finalement que leurs demandes même incessantes n’étaient qu’une erreur de langage, et que l'opportunité matérielle qu'a impliqué notre présence, somme toute naturelle. Même si notre relation n'était pas parfaite ou dénudée d'intérêt, elle était tout de même intéressante!
Voila donc le point de bascule : Après une soirée très agréable chez sa famille, de longues discussions très enrichissantes, des bons p'tits verres de punch et un bon plat créole, on se dit finalement au revoir. On promet aux grands parents de leur ramener le lendemain une photo prise avec eux cette soirée et de leur graver un CD de musique française. On se fait la bise. Vicoto nous dit que nous faisons maintenant partie de leur famille. Delphine s'apprête à embrasser Asunción, quand celle-ci lui lance : 'j'aime bien tes sandales'. Ce qui explicitement voulait dire 'Tu veux pas me donner tes sandales ?'. Un peu gênée Delphine refuse en disant que c'est un cadeau. On part. Felix, sur le chemin du retour, en remet une couche : 'ma mère aime bien tes sandales, tu veux pas lui donner ?'. Une minute après : 'sinon tu peux en acheter une nouvelle paire et lui offrir?'.

Ce soir là, en rentrant à la maison, on avait un goût amer dans la bouche et on se demandait si finalement toute cette rencontre n'avait pas été orchestrée dans le seul intérêt de nous soutirer quelque chose...
Le lendemain, Felix insiste encore sur les chaussures, nous demande si la photo et le CD qu'on a promis à sa famille sont déjà prêts... En plus d'être offensant, il nous colle et veut nous suivre partout, veut organiser une semaine avec sa femme fin août, veut nous ramener chez lui voir ses parents... Stop ! Ca suffit ! Felix dépasse les limites, et je lui fais comprendre en lui expliquant franchement toute mes pensées.